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Évaluation des impacts socio-économiques de la filière huile de palme en République du Congo

La République du Congo est l’un des grands pays forestiers d’Afrique centrale. Malgré la présence toujours très importante de forêts au niveau national (24 millions d’hectares (ha), soit 70 % du territoire national), les tendances de déforestation et le contexte de dérèglement climatique font de la protection des couverts forestiers une priorité pour l’aménagement territorial et le développement agricole. En 2018, le gouvernement congolais a adopté le Plan national de développement 2018-2022 (PND 2018-2022), qui promeut la diversification de l’agriculture de manière durable.

L’un des secteurs agricoles clés dans cette planification est celui de l’huile de palme. Le Congo s’est engagé dans l’Initiative pour l’Huile de Palme en Afrique (African Palm Oil Initiative ou APOI en anglais) à travers la signature de la « Déclaration de Marrakech » à la session de 2016 de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, à l’initiative du Tropical Forest Alliance (TFA) 2020. L’objectif de l’initiative est de transformer le secteur de l’huile de palme dans dix pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale en un moteur durable de développement, avec une réduction d’émissions de carbone tout en produisant des avantages sociaux et protégeant la riche biodiversité des forêts tropicales de ces pays. Le TFA 2020 est un partenariat qui réunit des gouvernements ainsi que des consommateurs clés, des entreprises, des commerçants et producteurs, la société civile, et des groupes représentants des communautés locales et populations autochtones.

Lors du premier atelier national du TFA APOI en août 2017, les parties prenantes du processus TFA APOI au Congo ont validé 10 principes nationaux sur la production responsable et durable de l’huile de palme en République du Congo. Les deux premiers principes touchent à l’importance d’un développement de la filière de l’huile de palme en respect de la législation en vigueur, indispensables pour assurer le développement d’une filière responsable et durable. Lors du deuxième atelier national en décembre 2017, les parties prenantes du processus TFA APOI ont identifié des activités concrètes pour réaliser ces deux principes de base.

À la demande des parties prenantes du processus TFA APOI, l’Institut Européen de la Forêt (EFI) s’est engagé à appuyer une activité d’évaluation des impacts socio-économiques de scénarios d’occupation des sols avec un accent sur le palmier à huile, afin d’en optimiser la trajectoire de développement. Cette étude fut conduite sous la supervision de la direction générale de l’agriculture (ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche — MAEP) qui assure la présidence de la plateforme APOI.

Trois départements agricoles de la République du Congo (Plateaux, Pool et Cuvette-Ouest) à fort potentiel de culture d’huile de palme ont été ciblés pour cette évaluation.

Le Land-use Planner, un outil développé par l’Institut européen de la Forêt dans le cadre de la Facilité REDD de l’UE, a permis de modéliser et de représenter l’impact de futurs choix d’usages des terres, pour faciliter une gestion territoriale participative.

Photo 1 : Parties prenantes de la Plateforme APOI

Pour développer les différents scenarios à l’horizon 2050 avec le Land-use Planner, les données ont été collectées à travers la documentation administrative (Plan de Développement du Secteur Agricole – PDSA et Monographies départementales principalement), et les entretiens avec des experts et professionnels sur le terrain : agronomes, responsables administratifs, encadrants du secteur agricole ou encore exploitants de palmeraie. Plusieurs types de données ont été collectés pour chaque culture (rendement, coûts de production, bénéfices, biodiversité et cycles de culture ou de rotation).

Figure 1 : Profil de rendement de la culture du palmier à huile par les petits producteurs en zone de savane. Productivité en tonnes par hectare en fonction des années (cycle de 25 ans).

Pour chaque département, trois scénarios ont été élaborés :

(1) Business as usual (BAU) :

Les rendements agricoles sont stables, les surfaces cultivées suivent l’évolution démographique, le palmier à huile et les autres cultures de rente ne sont pas développés au-delà de l’existant.

(2) Développement non-maitrisé du palmier à huile :

Dans ce scénario, les cultures de rente et en particulier l’huile de palme, se développent rapidement avec l’appui de programmes de développement publics et d’investissements privés. Ce développement se fait parfois au détriment des autres systèmes agricoles ou des écosystèmes non exploités et/ou protégés comme les forêts, sans respect des critères de durabilité de la Table ronde sur l’huile de palme durable (ou RSPO, de l’anglais Roundtable Sustainable Palm Oil). En 2050, les surfaces de palmier à huile cultivées représentent 755.000 hectares, dont environ 400.000 issues de déforestation. Canne à sucre et soja s’étendent aussi respectivement dans les départements des Plateaux et du Pool, où ces cultures sont déjà présentes.

(3) Développement maitrisé du palmier à huile :

Le palmier à huile s’étend de manière contrôlée et modérée, pour répondre d’abord aux besoins du marché national, l’expansion du palmier à huile est limitée aux zones répondant aux normes RSPO et au zonage national du PDSA. Les autres cultures sont améliorées et l’augmentation des rendements répond en partie aux besoins liés à l’accroissement de la population.

Dans la Cuvette-Ouest par exemple, il ressort de l’analyse du Land-use Planner que :

  • Le scénario non maitrisé (expansion sur la totalité des zones d’expansion PDSA) met en œuvre des superficies de palmier à huile potentiellement 17 fois supérieures au scénario maitrisé (expansion uniquement sur zones favorables selon le CIRAD).
  • Le scénario non-maitrisé met en œuvre un modèle à 100 % industriel, qui s’étend sur la forêt comme sur la savane. Ce scénario théorique est volontairement non aligné avec la politique de la République du Congo.
  • La surface forestière est en forte diminution dans le scénario non-maitrisé et on note une légère diminution dans les scénarios BAU et maitrisé.
  • Les émissions de CO2 dues la déforestation et à la dégradation de la forêt sont donc très importantes dans le scénario non-maitrisé.
  • De même, la biodiversité connait une chute importante dans le scénario non-maitrisé qui n’est pas visible dans les autres scénarios.
  • Le scénario non-maitrisé produit plus de valeur marchande, mais est aussi beaucoup plus destructeur pour le milieu naturel et ses services écosystémiques.
Figure 2 : Aperçu des impacts estimés des trois scénarios pour le Département Cuvette-Ouest sur quelques indicateurs économiques, sociaux et environnementaux.

Les tendances dans les deux autres départements sont semblables. Le principal enseignement de ce travail est que le scénario de développement maitrisé du palmier à huile, tout en épargnant les forêts, permet de couvrir la demande nationale projetée à 2050, et ce, grâce à la seule production combinée des trois départements étudiés.

Ce travail démontre également que cette couverture de la demande nationale peut tout à fait être atteinte par des modèles de plantation déployés en zones savanicoles, à proximité des principaux bassins de consommation et en conformité avec l’arrêté (2018) du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche orientant les investissements agro-industriels de plus de cinq hectares en zones savanicoles.

Le déploiement d’un tel scénario « maîtrisé » dans les autres départements du Congo permettrait par ailleurs, après avoir couvert les besoins nationaux, de développer les exportations. Ceci en s’appuyant notamment sur la certification RSPO, qui permettrait alors aux opérateurs localisés loin des bassins de consommation du sud du pays de pouvoir équilibrer leurs modèles économiques grâce à une meilleure valorisation de leur production à l’export.

Par ailleurs, grâce au travail mené dans le cadre de la présente étude, tous les facilitateurs en aménagement du territoire peuvent désormais s’appuyer sur des données consolidées et adaptées au contexte national.

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :

Mrs Judith-Flore Youdi-Malanda

TFA/APOI Focal Point, Ministry of Agriculture, Fishery, and Animal Husbandry (MAEP), Congo

judithyoudi@gmail.com

Des formateurs au service de l’aménagement participatif du territoire

Dernièrement, la Facilité REDD de l’UE avons organisé une formation sur notre Land-use Planner, un outil gratuit et interactif conçu pour faciliter les processus d’aménagement participatif du territoire. Le Land-use Planner est pratique, facile à utiliser et applicable à un large éventail de contextes et de processus de planification. Durant quatre semaines, nous avons formé 26 participants issus de sept organisations. Au cours de la formation, nous avons présenté l’approche inclusive de l’aménagement du territoire élaborée par l’Institut européen de la Forêt et, à chaque étape, communiqué des orientations sur l’utilisation du Land-use Planner à partir de cas réels soumis par les participants.

Au cours de la formation, les différentes équipes ont rassemblé des données sur les principales utilisations des terres, élaboré des scénarios prévisionnels d’occupation des sols pour leurs études de cas et analysé les répercussions économiques, environnementales et sociales de leurs diverses options de planification. On trouvera ci dessous les éléments marquants de trois projets étudiés pendant cette formation, lesquels illustrent l’application que l’on peut faire de cet outil dans des contextes de planification variés.

Laos : trouver des solutions de remplacement de l’agriculture itinérante grâce à l’aménagement du territoire

L’agriculture itinérante représente un défi de taille dans le cadre des efforts déployés pour promouvoir une gestion durable des terres dans le Nord Laos. Cette région se heurte à des difficultés liées à l’exploitation forestière illégale. De plus, l’ouverture de chemins et de routes permet d’accéder au massif forestier, ce qui conduit à une dégradation, à une fragmentation et in fine à une disparition des forêts. Dans l’agglomération de Thamla, GIZ et RECOFTC s’emploient à faciliter leur gestion et leur conservation, afin de réduire la déforestation et les émissions de gaz à effet de serre.

Au cours de la formation à l’aménagement du territoire, une équipe de GIZ et de RECOFTC a étudié les solutions de remplacement de l’agriculture itinérante afin d’améliorer la gestion des terres sur les cinq prochaines années. Leur projet portait essentiellement sur l’agglomération de Thamla, qui comprend trois villages répartis sur 17 000 hectares. Plusieurs utilisations des terres sont présentes, dont la culture du riz, des plantations de thé, des forêts et des pâturages.

Graphique 1 : Carte de la province de Houaphan, au Laos.
Graphique 1 : Carte de la province de Houaphan, au Laos.

Grâce au Land-use Planner et à leur connaissance des problématiques locales, GIZ et RECOFTC ont élaboré deux premiers scénarios prévisionnels pour mettre au jour les impacts potentiels des choix d’aménagement du territoire.

• Un scénario de maintien du statu quo, sans modification des activités d’occupation des sols pendant la période de planification 2022 2026.

• Un scénario d’extension, dans lequel les plantations de thé et d’arbres à huile de tung sont étendues à des zones précédemment affectées à la culture du riz.

Graphique 2 : Étape 3 (scénarios) du Land-use Planner. Les scénarios permettent à GIZ et à RECOFTC d’effectuer des projections des effets potentiels des choix d’aménagement du territoire sur une période de cinq ans. Source : GIZ et RECOFTC, projet Land-use Planner
Graphique 2 : Étape 3 (scénarios) du Land-use Planner. Les scénarios permettent à GIZ et à RECOFTC d’effectuer des projections des effets potentiels des choix d’aménagement du territoire sur une période de cinq ans. Source : GIZ et RECOFTC, projet Land-use Planner

Scénarios prévisionnels d’utilisation des terres associant les parties prenantes à une planification durable

L’exercice de création des scénarios a permis à l’équipe de dégager les principaux problèmes existant dans la région en matière d’utilisation des terres, ainsi que les choix qui devraient être dans la balance dans les futurs processus d’aménagement du territoire. La simulation montre qu’il serait possible de développer les zones agricoles sans empiéter de manière significative sur les forêts protégées et de conservation. GIZ et RECOFTC peuvent désormais utiliser les scénarios et les résultats de la simulation pour faciliter le dialogue entre les agriculteurs, les fonctionnaires et les autres parties prenantes à l’aménagement du territoire. Ces scénarios peuvent être affinés tout au long de ce processus participatif. Le Land-use Planner peut ainsi être utilisé dans le cadre d’un processus de planification inclusif réunissant autour de la table les principales parties prenantes afin d’élaborer une vision commune de l’avenir du milieu naturel. Il permet de mieux comprendre les répercussions environnementales, économiques et sociales des différentes décisions en matière d’utilisation des terres.

Indonésie : concilier le développement des plaines et la conservation des mangroves dans la province de Sumatra du Sud

En 2021, le gouvernement indonésien a choisi le district de Banyuasin pour mettre en œuvre des approches pilotes visant à améliorer la gestion des tourbières et des mangroves dans le pays. Le district est dominé par des tourbières et des mangroves riches en carbone. Il abrite aussi le parc national de Sembilang et la plus vaste mangrove d’Indonésie occidentale. Le littoral est aussi jugé stratégique, car il comprend plusieurs plaques tournantes portuaires de la province et représente une région clé pour le transport par voies navigables. Le district compte 21 sous-districts et 305 villages répartis sur 1,2 million d’hectares et les petites exploitations agricoles cultivent notamment de la noix de coco et de l’huile de palme, y compris dans la Zone forestière où sont situées les tourbières et les mangroves. La variété des activités économiques et l’importance des sites naturels du district de Banyuasin soulèvent différentes difficultés au regard de l’amélioration de la gestion des terres. Un aménagement du territoire est plus que nécessaire pour trouver l’équilibre entre le développement des plaines et la conservation des mangroves, et préserver les moyens d’existence des petits exploitants.

Zones de mangrove converties pour d’autres utilisations des terres, possiblement des plantations d’huile de palme. Source : Satrio Wicaksono, European Forest Institute

Gestion intégrée des sites naturels du sous-district de Banyuasin II

Graphique 3 : Carte du district de Banyuasin, en Indonésie. Source : WRI Indonesia

Le World Resources Institute (WRI) Indonésie possède un bureau dans la province de Sumatra du Sud et étudie avec le gouvernement du district de Banyuasin une éventuelle collaboration concernant une production durable d’huile de palme. À cette fin, le WRI a utilisé le Land-use Planner pour chercher à savoir comment étendre les zones agricoles affectées à l’huile de palme et au caoutchouc et développer les infrastructures sans empiéter sur les forêts protégées et de conservation dans le sous-district de Banyuasin II du district de Banuyasin, dans la province de Sumatra du Sud.

Le sout-district de Banyuasin II est une zone côtière de 350 000 hectares dominée par des tourbières, qui comprend :

  • des zones de mangrove (la plus vaste zone de mangrove d’Indonésie occidentale),
  • des plantations de noix de coco, d’huile de palme et de caoutchouc,
  • des zones économiques spéciales créées pour favoriser le développement futur du secteur portuaire.
Palétuviers à proximité de la côte. Source : Satrio Wicaksono, European Forest Institute
Plantations d’huile de palme. Source : Satrio Wicaksono, European Forest Institute

Le WRI a élaboré deux scénarios prévisionnels pour observer les impacts potentiels des décisions d’aménagement du territoire dans le district.

  • Un scénario de maintien du statu quo, ne prévoyant pas de changement dans l’utilisation des terres au cours de la période de planification 2022 2026.
  • Un scénario d’extension de l’huile de palme, selon lequel les plantations d’huile de palme seraient étendues sur les cinq prochaines années.
Graphique 4 : Étape 3 (scénarios) du Land-use Planner. Les scénarios permettent au WRI d’effectuer des prévisions des effets potentiels des décisions d’aménagement du territoire sur la période de planification 2022–2026. Source : WRI Indonésie, projet Land-use Planner

Création de scénarios prévisionnels visant à éclairer le développement stratégique

La création de scénarios est la première étape visant à faciliter le dialogue entre les principales parties prenantes dans la région. Elle peut être mise à profit pour élaborer une vision commune du développement futur du district de Banyuasin. En collaboration avec le gouvernement du district, le WRI a l’intention de dialoguer avec les parties prenantes pour affiner encore les scénarios et étudier les répercussions économiques, environnementales et sociales de chacun d’eux. Le gouvernement du district pourra ensuite s’appuyer sur ces éléments pour améliorer la gestion des plaines en trouvant un équilibre entre les besoins des communautés locales, d’une part, et la conservation des forêts et le développement des infrastructures, d’autre part. Plus précisément, les scénarios peuvent contribuer à éclairer l’élaboration du plan d’action du district pour une huile de palme durable ainsi que le développement d’autres moyens de subsistance pour les communautés locales, dans le cadre du programme public visant à réduire les conflits et à améliorer la sécurité foncière.

Vietnam : la planification au service d’une agriculture durable dans les montagnes centrales

Grâce à l’adoption de la réforme introduisant la politique du Doi Moi (1986), l’économie du Vietnam, qui reposait essentiellement sur une agriculture de subsistance, a évolué vers une agriculture commerciale. Dans les années 2000, les exportations agricoles du pays ont connu une croissance exponentielle, passant de 4,7 milliards USD en 2005 à 17,4 milliards USD en 2016. Les principales matières premières agricoles produites au Vietnam sont le riz en paille, le café, le caoutchouc, le thé, le poivre, les noix de cajou, les fruits, les légumes et le bois.

Pour développer une production durable de matières premières agricoles qui favorise l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ce phénomène, le gouvernement vietnamien a mis en place à l’échelle du pays, des provinces et des districts plusieurs politiques destinées à accroître la valeur ajoutée dans le secteur agricole grâce à l’aménagement du territoire. La Loi sur la production agricole (2018) prévoit une utilisation durable des ressources naturelles et des infrastructures. Elle impose aussi le respect des normes de qualité de l’eau, lie la productivité à la conservation, et associe les communautés locales au développement rural. Elle appelle en outre à développer les utilisations agricoles conformément à l’aménagement du territoire. De même, en vertu de la Loi de planification (2018), des plans doivent être élaborés tous les dix ans à l’échelle du pays, des régions et des districts pour les systèmes urbains et ruraux. Ces plans doivent comporter des volets consacrés aux aspects économiques, sociaux et environnementaux et au changement climatique. De plus, la Loi sur les forêts (2017) impose l’élaboration d’un plan national pour les forêts, garantissant la conservation et la protection des forêts naturelles, et de plans de gestion forestière permettant des prélèvements de bois durables dans les zones de production.

Une production de café durable

Localisation du district de Di Linh, dans la province de Lam Dong. Source : EFI

Les montagnes centrales sont la principale zone de production de café du Vietnam, dont proviennent 80 % de la production de café Robusta. Le développement de cette matière première a assuré la réussite économique du pays. Néanmoins, l’utilisation d’engrais, de pesticides et de systèmes d’irrigation inefficaces a été nocive pour l’environnement. La région enregistre aussi un taux de déforestation élevé (8 % entre 2000 et 2010), une dégradation des sols, un appauvrissement de la biodiversité et une pollution de l’eau.

Le Mekong Development Research Institute (MDRI) et IDH ont collaboré pendant la formation et utilisé le Land-use Planner dans le district de Di Linh (province de Lam Dong), dans le cadre de leurs activités de soutien aux parties prenantes et aux facilitateurs locaux participant à l’aménagement du territoire. Les parties prenantes sont préoccupées par les utilisations non durables des terres et les difficultés des petits exploitants dans cette région montagneuse de 160 000 hectares, où les forêts et les systèmes de culture du café constituent les principales utilisations des terres. Grâce au Land-use Planner, l’IADM et IDH ont pu mieux comprendre les impacts potentiels des différentes décisions d’aménagement du territoire, consistant par exemple à améliorer la production de café ou à privilégier la réduction de la déforestation, à un horizon de planification de 30 ans (2022 2051).

Trois scénarios ont été élaborés :

  • Un scénario de maintien du statu quo, dans lequel la monoculture du café constitue la principale utilisation des terres.
  • Un deuxième scénario, selon lequel 1 000 hectares de culture du café sont convertis en forêts naturelles et 4 000 hectares de forêts naturelles en forêts plantées.
  • Un troisième scénario, dans lequel la monoculture du café laisse la place à une culture associée à la noix de macadamia.

Création de scénarios prévisionnels favorisant l’élaboration de plans d’utilisation des terres à l’échelle du district et de la province

La création de scénarios prévisionnels d’utilisation des terres et l’analyse des coûts et avantages potentiels des diverses décisions de planification peuvent éclairer les processus d’aménagement participatif afin d’élaborer des plans d’utilisation durable des terres dans le district de Di Linh. Les parties prenantes peuvent utiliser le Land-use Planner et générer différents scénarios pour s’accorder sur une vision claire permettant d’intégrer la production de café zéro déforestation et d’autres matières premières dans la future trajectoire d’utilisation des terres du district. Les scénarios peuvent être affinés à l’aide de données concernant les aspects économiques, sociaux et environnementaux et offrir ainsi une occasion d’élaborer pour le district un plan multipartite susceptible d’entrer dans le processus de planification de la province.

Graphique 6 : Scénarios tirés de la simulation réalisée à l’aide du Land-use Planner. Source : MDRI et IDH, projet Land-use Planner

Promouvoir l’aménagement participatif du territoire grâce au Land-use Planner

Au cours de la formation, les participants ont appris à utiliser le Land-use Planner pour promouvoir des processus d’aménagement du territoire inclusifs, étayés par des données, dans une multitude de contextes mettant en jeu divers problèmes d’occupation des sols. Grâce à cet outil, ils ont pu calculer le coût et les avantages de différentes utilisations des terres et effectuer une simulation des répercussions futures des décisions en matière d’aménagement du territoire. Ils ont ainsi comparé divers scénarios et mis en évidence leurs principaux avantages et inconvénients, ces éléments pouvant servir de base à un dialogue continu avec les parties prenantes afin de promouvoir une gestion durable des terres.

Renforcer la participation à la transformation de l’agriculture et la stabilisation du front agricole

Nouvelle démarcation du front agricole

En juin 2018, l’État colombien a officialisé la création de la frontière agricole nationale, fruit d’une collaboration entre le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MADR), l’Unité de planification agricole rurale (UPRA) et le ministère de l’Environnement et du Développement durable (MADS). La création de la frontière agricole vise à enrayer la déforestation induite par le développement des activités agricoles à l’échelle nationale. En prenant cette mesure, l’État colombien affecte 35 % du territoire national (environ 40 millions d’hectares) aux activités agricoles. Les zones restantes situées en dehors de la frontière sont en majorité destinées à la conservation des forêts naturelles et d’autres écosystèmes essentiels, comme les zones humides et les landes.

Cette nouvelle démarcation de la frontière agricole, qui fait partie de la stratégie intégrale de gestion des forêts et de contrôle de la déforestation (EICDGB), soulève plusieurs défis pour le monde agricole. Ainsi, les agriculteurs dont l’exploitation se situe à l’extérieur de la frontière sont contraints de reconvertir leurs productions. Ceux dont l’exploitation se trouve à l’intérieur de la nouvelle zone démarquée cherchent à augmenter leur productivité à l’hectare puisqu’ils ne peuvent étendre les superficies cultivées. L’UPRA s’est associée à l’Institut d’hydrologie, de métrologie et d’études environnementales (IDEAM) pour réaliser au sein de la frontière agricole, avec pour objectif de déterminer quelles sont les possibilités de production les plus prometteuses et d’éclairer l’aménagement du territoire.

Pour maintenir les activités agricoles existantes dans les limites du front, tout en accélérant la transition vers des systèmes de production plus adaptés, l’UPRA élabore un ensemble de schémas directeurs pour encadrer la transformation de différentes filières. Ces schémas seront ensuite reliés à d’autres instruments sectoriels et territoriaux, tels que les stratégies départementales de planification de la production agricole.

2021 : une année charnière pour la transformation agricole

Pour la période 2020-2021, l’UPRA s’est fixé comme objectif l’élaboration de cinq schémas de transformation pour la filière rizicole (correspondant à cinq zones de culture du riz : Bajo Cauca, Llanos, Centro, Costa Norte et Santanderes). À cette fin, des spécialistes en transformation agricole ont généré plusieurs scénarios prospectifs à l’aide de l’outil Land-use Planner, avec l’appui l’Institut européen de la forêt (EFI), dans le cadre d’une démarche de concertation des différents acteurs de la filière.

Ce travail mené conjointement par l’UPRA et l’EFI a débouché sur un projet pilote dans deux départements, Tolima et Sucre (situés respectivement dans les régions de Bajo Cauca et de Costa Norte).

Localisation du département de Tolima et du front agricole
Source: UPRA, SIPRA
Localisation du département de Sucre et du front agricole
Source: UPRA, SIPRA

L’objectif de ce projet consistait à dresser un panorama complet des impacts potentiels des changements d’utilisation des terres au fil du temps, et d’offrir un espace pour le dialogue entre les producteurs et les industriels de la filière afin de parvenir à un consensus à propos de son avenir dans ces deux départements. L’analyse menée a englobé des critères environnementaux et sociaux rarement pris en compte par les producteurs ou par les entrepreneurs, tels que les émissions de gaz à effet de serre, la perte de biodiversité, la couverture forestière, la création d’emplois et la sécurité alimentaire. Cette réflexion a permis de dessiner une feuille de route pour la production rizicole dans les deux départements et de définir des directives techniques pour la gestion foncière. Le projet pilote a permis d’envisager l’application du Land-use Planner à d’autres schémas directeurs de transformation, mais aussi son usage par l’équipe en charge de l’aménagement du territoire de l’UPRA.

La production rizicole dans les départements de Tolima et de Sucre

Depuis quelques années, les surfaces cultivées en riz n’augmentent plus dans les départements de Tolima et Sucre, qui présentent chacun de grandes variations de rendement. Les producteurs et les entrepreneurs consultés ont validé les scénarios prospectifs suivants :

  • Expansion des surfaces cultivées en riz dans les zones où les conflits d’utilisation des terres sont rares, tout en prévoyant une réduction des surfaces et un remplacement de cette culture dans les zones où les conflits d’utilisation des terres se multiplient.
  • Amélioration des rendements dans les zones où subsistent des méthodes de production manuelles ou faiblement mécanisées, et qui pourraient bénéficier d’investissements de source publique, privée ou mixte.
  • Le soja et le maïs sont les principales cultures retenues pour remplacer le riz à Tolima, tandis que c’est l’élevage à double objectif qui est choisi à Sucre.
  • Dans le scénario qui correspond aux utilisations actuelles des terres dans les deux départements, l’expansion de l’élevage alimente la déforestation, mais il est prévu de mettre en place par la suite des stratégies pour l’enrayer et protéger les zones humides (Sucre) et les landes (Tolima).

Le dialogue ayant été engagé entre les acteurs d’une seule et même filière, les diverses visions des acteurs convergeaient suffisamment pour ne pas exiger de concessions trop importantes lors de l’étude des scénarios. Trois facteurs ont cependant nourri la discussion et la réflexion, et ont conduit le groupe à proposer des alternatives ou à s’accorder sur un compromis :

  1. Les impacts des changements climatiques entraînent la nécessité de s’adapter pour maintenir (ou augmenter) les rendements (investissement dans la mécanisation et l’amélioration des systèmes d’irrigation, etc.).
  2. Dans le département de Sucre, il existe la possibilité d’alterner production rizicole et élevage tous les cinq ans pour augmenter les revenus des producteurs, améliorer la productivité des sols et limiter l’expansion des surfaces exploitées au détriment des zones humides. Déjà employé ailleurs, ce modèle n’a jamais été appliqué en Colombie, et l’utilisation du Land-use Planner permettrait de générer des informations supplémentaires pour mieux évaluer les impacts.
  3. Nécessité d’évoluer vers des systèmes de production durables dans les deux départements pour enrayer la destruction d’écosystèmes essentiels, notamment les zones humides et les landes.

Perspectives d’avenir

L’UPRA se consacrera tout au long de l’année 2021 à l’élaboration de schémas directeurs pour la transformation des filières lait et viande, lesquelles alimentent l’une comme l’autre la déforestation et génèrent de graves conflits d’utilisation des terres. Dans cette perspective, l’application du Land-use Planner permettra de faire la preuve du grand intérêt de cet outil participatif à même de susciter le dialogue entre acteurs des filières. Son adoption et son utilisation par les spécialistes de l’UPRA faciliteront la réalisation des analyses nécessaires concernant les différents territoires et départements, ainsi que la communication et la diffusion des résultats de ces travaux.

Doucs à pattes grises. Crédit : Ryan Deboodt

Quand la préservation de la biodiversité exige une planification inclusive de l’utilisation des terres

Commune de Hiếu, district de Kon Plong, Vietnam

Les Montagnes centrales du Vietnam réservent encore bien des surprises. Des études sur la biodiversité réalisées dans cette région ont révélé la présence de nouvelles populations d’espèces sauvages rares et menacées. Il s’agit notamment de deux espèces de primates gravement menacées d’extinction, à savoir le douc à pattes grises et le gibbon à joues jaunes.

Doucs à pattes grises. Crédit : Ryan Deboodt

Malgré la prise de conscience croissante du caractère unique de cette région, la vie sauvage locale demeure gravement menacée par la déforestation et la fragmentation des habitats, en raison du développement des infrastructures et de l’expansion de l’activité agricole.

« Avec son haut niveau de biodiversité, Kon Plong mérite d’être considérée comme l’une des forêts les plus précieuses du Vietnam pour la préservation des espèces ».

Nhân Dân en ligne

Il s’agit également de l’une des régions les plus pauvres du pays. Il devient de plus en plus urgent dans certaines zones du district de trouver des voies de développement économique compatibles avec le maintien des services écosystémiques. Depuis quelques années, Fauna & Flora International (FFI) Vietnam, une organisation de préservation de l’environnement, s’emploie à sensibiliser le public au sort des primates menacés d’extinction. FFI promeut une approche inclusive de la planification des terres, l’objectif étant de relever le double défi de l’amélioration des revenus des populations locales et de la préservation d’un habitat naturel qui abrite une biodiversité unique.

Des choix décisifs en matière de planification de l’utilisation des terres

C’est dans la commune de Hiếu, dans le district de Kon Plong, que FFI a engagé des discussions au niveau local sur l’utilisation future des terres et les investissements qui seront réalisés dans les années à venir. C’est là également qu’un outil pilote de planification de l’utilisation des terres, le Land-use Planner, a été employé à cette fin.

Dans cette commune de 2 984 habitants, les revenus de 13,6 % de la population sont équivalents ou inférieurs au seuil de pauvreté. Les habitants tirent notamment leurs moyens de subsistance de systèmes de culture, au moyen desquels ils cultivent du manioc, du riz, des légumes, du maïs, des arbres fruitiers, du café et des plantes médicinales (culture, non cueillette sauvage). Les objectifs fixés pour le district de Kon Plong en matière de développement économique sont axés sur l’agriculture et le tourisme, avec un accent plus important sur l’agriculture dans la commune de Hiếu.

Carte 1. Utilisation actuelle des terres dans la commune de Hiếu

Carte 1. Utilisation actuelle des terres dans la commune de Hiếu

Carte 2. Préservation de l’environnement et propriété foncière dans la commune de Hiếu

Carte 2. Préservation de l’environnement et propriété foncière dans la commune de Hiếu

À l’extrémité nord de la commune de Hiếu, quelque 1 742 hectares (8,5 % de la superficie totale de la commune) sont définis comme des forêts de protection des bassins versants. À l’extrémité sud, des analyses préliminaires effectuées par FFI ont révélé qu’une superficie d’environ 4 800 hectares présentait une très grande valeur pour la préservation de la biodiversité. La Société d’exploitation forestière de Kon Plong possède cette zone, ainsi que 10 172 autres hectares.

Planification participative pour la commune de Hiếu

La nouvelle loi en matière de planification et son décret de mise en application exigent que les plans provinciaux pour l’utilisation des terres et le développement socioéconomique soient inclusifs et reposent sur des données scientifiques et factuelles. La concertation avec les parties prenantes aux niveaux de la commune et des villages constitue un élément important du processus.

La planification de l’utilisation des terres est un processus à la fois descendant et ascendant. La stratégie et la direction à suivre sont édictées dans des stratégies nationales sur dix ans et des plans provinciaux, retranscrits dans des plans directeurs au niveau des districts. Les derniers ajustements sont apportés en fonction des données et des avis recueillis auprès des villages. Le processus se compose des étapes suivantes :

  • le Comité du peuple de la commune commence par tenir une réunion visant à guider les habitants dans le processus de planification de l’utilisation des terres ;
  • les villages organisent ensuite des réunions pour présenter le processus et discuter des besoins y afférents, sur la base du plan directeur établi au niveau du district ;
  • les représentants des villages font par la suite un compte rendu de ces échanges au Comité du peuple de la commune ;
  • les informations et les avis recueillis auprès des villages sont alors synthétisés au niveau de la commune, puis soumis au Comité du peuple du district.
Rencontre entre l'équipe de FFI et les dirigeants de la commune lors d'une visite sur le terrain en octobre 2020. Crédit : Nguyen Ngoc Lan
Rencontre entre l’équipe de FFI et les dirigeants de la commune lors d’une visite sur le terrain en octobre 2020. Crédit : Nguyen Ngoc Lan

C’est dans le contexte de ce dialogue entre les villages, la commune et le district que FFI a animé une série de débats préliminaires en vue de déterminer l’incidence possible des différents choix opérés en matière d’utilisation et de gestion des terres sur le potentiel de développement futur.

Évaluer d’autres options pour l’utilisation des terres

Au cours des semaines précédant la visite sur le terrain et l’atelier d’octobre 2020, l’équipe de FFI a eu recours au Land-use Planner pour modéliser d’autres options pour l’utilisation des terres. Les modèles ainsi obtenus ont donné des résultats socioéconomiques différents, en matière de sécurité alimentaire, d’emploi et de revenus, et de protection de l’environnement. L’équipe a tout d’abord défini un scénario de référence ou de maintien du statu quo, dans lequel le changement découle de la confirmation des tendances récentes de l’accroissement de la population. Elle a ensuite mis au point d’autres scénarios, intitulés « Appui aux moyens de subsistance » et « Préservation », sur la base du résultat des premiers échanges avec les parties prenantes locales.

Pour la commune de Hiếu, dans le scénario « Appui aux moyens de subsistance », la culture de manioc serait intensifiée et des serres seraient construites ou réaffectées pour la culture de fruits, de légumes, et éventuellement de plantes médicinales. Ce scénario prévoit la création et l’agrandissement de vergers ainsi que le traitement et la vente de plus grandes quantités de fruits tels que les mangues, les longanes et les avocats.

Le scénario « Préservation » prévoit quant à lui la création de nouvelles zones protégées pour améliorer la préservation de la biodiversité. Ces zones viendraient s’ajouter aux zones forestières de protection des bassins versants déjà mobilisées pour préserver la qualité de l’eau et d’autres services écosystémiques. Cette protection supplémentaire se traduirait par une diminution de la production agricole dans certaines zones. Les zones à haute valeur écologique sont situées dans la partie sud de la commune, et l’activité agricole serait revue à la baisse également dans cette zone.

Au fil des discussions engagées avec les groupes cibles et des échanges menés lors de l’atelier dans la commune de Hiếu, il est clairement apparu que les participants souhaitaient être mieux informés du rapport de causalité entre les décisions en matière d’utilisation des terres et le développement économique. Des représentants du Comité du peuple du district se sont dits intéressés par l’utilisation de ce type de ressources dans leur processus de planification.

L’équipe de FFI a tiré les conclusions suivantes de sa dernière visite sur le terrain : « D’après notre expérience du processus dans la commune de Hiếu, le Land-use Planner pourrait constituer une solution très intéressante pour aider les citoyens et les décideurs au niveau local à réfléchir de manière plus créative et approfondie à des scénarios de développement économique et d’amélioration de la qualité de l’environnement. Une telle réflexion pourra permettre, à terme, d’établir des plans fonctionnels d’utilisation des terres. Ces plans pourront ensuite servir de base pour analyser les propositions de développement, de réaffectation des terres et d’investissements publics et privés. En fonction des résultats de l’analyse, ces propositions pourront alors être encouragées ou découragées. »

Pour plus d’info

Josh Kempinski

FFI, Directeur de pays, Programme pour le Vietnam

josh.kempinski@fauna-flora.org